30 mai 2012

Patrimoine colonial et réappropriations

Le séminaire « Les territoires du patrimoine en Afrique sub-saharienne : enjeux politiques et scientifiques » consacrée au thème :

« Patrimoine colonial et réappropriations» / « Colonial heritage and reappropriation»

 Depuis plusieurs années, « la mise en patrimoine des espaces coloniaux », en particulier des expressions matérielles, s’est accélérée dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, le domaine du patrimoine bâti a suscité un véritable intérêt au point de devenir un domaine d’action prioritaire de programmes de protection, de préservation et de valorisation du patrimoine comme Africa 2009. Certaines positions ont alors exprimé « une forme de réhabilitation du colonialisme », tout en jugeant la patrimonialisation de l'architecture « traditionnelle », en vogue dans le monde occidental à cette époque, comme un moyen d'enraciner les cultures africaines dans un certain primitivisme » (Sinou, 2005).
Au-delà d’un réductionnisme qui tend à limiter le patrimoine en Afrique à sa dimension monumentale, la séance « patrimoine coloniale et réappropriation » propose de reprendre le débat à partir de la place qu’occupent les espaces du savoir, en l’occurrence la « bibliothèque coloniale », dans la définition et la reconnaissance du patrimoine en Afrique. À travers trois exemples, les musées de l’ouest du Cameroun, l’historicité du regard occidental dans la définition des collections Lobi, le processus de réappropriation et de patrimonialisation d’un site archéologique du sud tchadien, le séminaire s’interrogera plus largement sur la notion de  « patrimoine scientifique » dans la définition des patrimoines africains.

Invités

  • Alexandra Loumpet-Galitzine (Axe thématique : "Patrimonialisations coloniales : approches comparées"(Réseau Asie-Pacifique – FMSH, Paris)
    Acteurs de l'invention du patrimoine en situation coloniale: l'exemple du royaume Bamoun (Ouest Cameroun)./ Colonial heritagization in west Cameroun
    A la fin des années vingt, deux musées ouvrent dans la capitale du royaume bamoun (Ouest Cameroun) sous administration française. Tous deux sont issus de collections endogènes : royales pour le musée du palais de Foumban crée par le roi Njoya, des lignages pour celles de son cousin et principal opposant,  Mosé Yeyap. Comme leurs détenteurs, ces musées connaissent des destins différents. En 1948, après la mort de Mosé Yeyap, sa collection est transférée par le centre IFAN du Cameroun dans un nouveau local, et sera renommée en 1955 « Musée des Arts & traditions Bamoun » ; en 1985, l’Unesco participe à la réfection du Palais royal et de son musée. Si l’idée même de musée et d’exposition publique d’objets sacrés est occidentale, forgée à la fois par les séjours de collecteurs d’objets et chercheurs allemands ou français, et par l’action conjointe de l’administration coloniale et de la mission évangélique protestante, les musées sont également instrumentalisés dans l’arène politique locale. Ces expositions de la « tradition » mobilisent donc des acteurs diversifiés sur lesquels cette communication voudrait revenir, pour examiner ce qui se joue précisément sous le couvert d’un processus de « patrimonialisation coloniale ».
  • Bertrand Royer (Centre de Recherches et d’Etudes Anthropologiques, Université Lyon II)
    Historicité du regard sur la statuaire lobi (Burkina Faso) Historicity of european views on statuary of Lobi (Burkina Faso)
    A partir d’un regard sur la place de la statuaire lobi dans les collections africaines, on se propose de reconstituer non pas l'histoire ou le contenu de telle ou telle collection, ni non plus le parcours de tel ou tel objet "lobi", mais bien plutôt l'historicité du regard occidental sur la "statuaire lobi". Partant des premières statues "laides et disproportionnées" publiées en 1931 par Henri Labouret, pour aboutir à celles aujourd'hui disposées au MqB, tout en passant par la muséographie régionaliste de Madeleine Père, nous verrons que ce "regard" influence le système et la patrimonialisation de ces objets, ainsi que leurs usages contemporains.
  • Gonbyanne Rose Rouzoune (Chargée des sites et monument au Musée National Tchadien)
    Le patrimoine Sao vu à travers la réappropriation du site de Gaoui (Tchad) / Sao heritage seen through the reappropriation of the site Gaoui (Chad)
    L’intervention se propose de questionner la notion de patrimoine et des collections représentatives de la culture tchadienne à partir d’une présentation des Sao et des sites archéologiques inventoriés sur la « liste du bien national » du Tchad. A partir d’un regard sur la contribution des travaux scientifiques, notamment J.P. Lebeuf & Annie Masson, à la reconnaissance d’un patrimoine Sao, on se propose de montrer comment une vision du patrimoine Sao, centré sur le site archéologique de Lamadji et Djarmaya, s’est imposée dans l’élaboration des collections. En contre jour, la présentation du processus de patrimonialisation à l’œuvre  sur le site de Gaoui viendra souligner comment une population kotoko œuvre à la valorisation d’un site archéologique qu’elle conçoit comme son patrimoine.

Discussion générale & Echanges

Résumé du programme

Le programme intitulé « Les territoires du patrimoine en Afrique sub-saharienne : enjeux politiques et scientifiques » présente un ensemble d’initiatives visant à élaborer un observatoire du patrimoine en Afrique subsaharienne. Ces initiatives comprennent un séminaire régulier de recherche et de valorisation de la recherche, un atelier fonctionnant à la demande, des journées d’études faisant le point sur une question, un blog scientifique. Le séminaire de valorisation de la recherche sur le patrimoine en Afrique sub-saharienne se veut un lieu d’hébergement des chercheurs travaillant sur les territoires du patrimoine en Afrique subsaharienne. Il vise à sensibiliser un public non chercheur (décideurs, bailleurs de fonds, journalistes) aux différentes facettes de cette notion dans le monde de la recherche en SHS.  Le séminaire rassemble en un même espace l’ensemble des recherches menées sur le thème du patrimoine en Afrique Sub-saharienne. Il s’agit de dresser un état de l’art en prenant en compte les multiples déclinaisons du patrimoine des recherches menées en Afrique sub-saharienne. Il permet à des chercheurs associés du programme, en particulier des chercheurs africains travaillant dans ce domaine, de confronter et de faire connaître leurs travaux.


Détails

Lieu : Le France
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Séminaire