19 octobre 2010

Batailles nocturnes dans les maisons closes. Approches anthropologiques et psychanalytiques de l'univers onirique des prostituées boliviennes

La FMSH accueille cette première séance du séminaire "Anthropologie, psychanalyse et politique. Regards sur les terrains" 2010-2011

l'Association française des anthropologues (AFA) accueille Pascale Absi (IRD, UMR Développement et Sociétés).

Discutant : Olivier Douville (psychanalyste, laboratoire CRPMS, université paris 7)

Dans les maisons closes de Bolivie, le diable s'appelle Tio. Il se dédie principalement à s'approprier le corps et les âmes des femmes ; parfois par la force, plus souvent par la séduction.
Cette expérience, qui accompagne l'apprentissage féminin de la prostitution, se fonde sur l'intériorisation d'un corpus narratif onirique qui met en scène des rencontres érotiques avec le diable. Des relations sexuelles extrêmement plaisantes, généreusement rémunérées, et le marquage (bleus, traces de doigts et de fouet, etc.) du corps de la rêveuse en constituent le dénouement le plus fréquent. D'autres récits parlent de viol, de harcèlement, ou de mariage diabolique. A la croisée de l'anthropologie et de la psychanalyse, ces récits peuvent s'appréhender du point de vue de la gestion psychique et de la construction sociale de l'expérience de la prostitution, notamment au regard de la relation entre sexe, travail et argent telle qu'elle est prise dans les configurations de genre particulières des classes populaires urbaines dont sont issus la plupart des prostituées et de leurs clients.

Ce séminaire propose de repenser les dialogues et les mises à l’épreuve réciproques entre anthropologie et psychanalyse.
Il s’efforce d’articuler trois lignes de questionnement :

Clinique du terrain et terrains cliniques

Des anthropologues s’interrogent sur la nature des relations interpersonnelles développées durant leurs enquêtes, le sens et les modalités de leur écoute, et, corollairement, les mobiles intimes de la parole des acteurs. Les crises économiques et politiques qui bouleversent de nombreuses sociétés s’impriment, en effet, dans la situation ethnologique. De surcroît, l’ethnologue se trouve de plus en plus fréquemment en contact avec des populations en fragilisation croissante, en état de non inscription, et même d’errance.

Folie et État

On développera une réflexion croisée, d’un côté sur les effets sur les élaborations identitaires des nouvelles représentations du bien-être psychique, de l’autre, sur les instances de légitimation sur ce que serait une bonne santé psychique en termes de prévention, de diagnostic, de traitement et de leur évaluation. Enfin, le lien doit être souligné entre les terreurs issues de la violence de l’État et les confusions des registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique, qui font tenir l’existence singulière et les échanges sociaux. D’une certaine manière, la folie a disparu au profit de l’exclusion et de la stigmatisation des perdants. Dans les pays lointains qui ne rentrent pas dans cette industrialisation du soin, l’OMS., au contraire, préconise un retour aux dispositifs dits "traditionnels", légitimant médiums, devins et autres guérisseurs. Dans ces deux configurations du monde globalisé, les États jouent un rôle majeur, idéologique, symbolique, mais aussi institutionnalisant les corps des professionnels du soin psychique. La psychanalyse fait actuellement l’objet d’un débat social, d’autant plus aigu que c’est la singularité du sujet individuel qui est en jeu. La présence de la psychanalyse dans les institutions de soin et d’enseignement redevient l’enjeu d’une lutte, alors que la psychiatrie et la psychopathologie sont de plus en plus biologiques.

Débat entre anthropologie et psychanalyse de l’ordre épistémique et épistémologique

A l’heure où le cognitivisme est, pour un nombre croissant d’anthropologues, un outil de validation de leurs recherches et de leurs résultats. La généralisation de l’économie de marché a eu des effets de plus en plus prononcés sur les définitions de la souffrance psychique, des troubles mentaux, leurs modes de diagnostic et leur traitement. Dans les démocraties industrielles, on constate la dominance des modélisations biologiques et neurologiques, le retour à un primat héréditaire et la mise en avant de polices de rééducation comportementaliste.


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