11 octobre 2010

Sciences sociales, pouvoir et politique à la lumière des échanges scientifiques internationaux

Cette journée d’études organisée par le Réseau Acteurs émergents (RAE / FMSH) se situe dans le prolongement du colloque de Casablanca (juin 2009), qui était consacré à l’analyse des transformations des mondes universitaires face aux logiques de marché, et notamment à la circulation des savoirs et des étudiants. Elle veut contribuer à la préparation scientifique du colloque organisé par le RAE, l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iasi et le groupe "Petites sociétés et construction du savoir" de l’AISLF à Iasi en Roumanie en octobre 2011, qui aura comme thème central les relations entre sciences sociales, pouvoir(s) et politique(s).

Pour éclairer les transformations de ces relations, deux lignes d’observation et d’analyse seront suivies concurremment lors de la journée du 11 octobre 2010.

La première, que l’on pourrait qualifier d’approche externe, conduit à dresser un bilan des rapports qu’entretient, ou a entretenus, la recherche en sciences sociales avec les pouvoirs politiques et dans l’espace public. Quelles sont les disciplines (et leurs paradigmes) qui furent au plus près de la décision politique par leurs thématiques et argumentaires ? Dans quels dispositifs institutionnels ? Quelles sont les problématiques (les notions et les auteurs, voire les disciplines) qui, à l’inverse, ont soutenu les critiques à l’égard des politiques publiques ? En particulier, comment a évolué la place accordée à l’économie et à l’histoire, et l’usage qui en a été fait durant les trente cinq dernières années ?

La seconde ligne d’interrogation – qui constitue une approche interne, articulée à la première sous des modalités dont la dynamique devra être examinée – concerne les évolutions des sciences sociales elles-mêmes : des paradigmes se trouvent disqualifiés alors que dans le même temps des thématiques, des auteurs et des notions acquièrent une évidence conceptuelle qui leur enlève toute historicité aux yeux des jeunes générations. Les notions de société civile et de gouvernance en sont deux exemples parmi les plus patents. Il conviendra de compléter cet inventaire et de l’analyser.

Ces deux grands axes de réflexion se déclineront notamment autour de quelques thèmes transversaux spécifiques, qui ne sont pas exhaustifs.

La période historique envisagée est celle d’un changement de métaphore pour exprimer les fractures ou tensions qui ont structuré le monde. L’opposition est/ouest est passée au second plan face aux rapports nord/sud, déplaçant ainsi les frontières politiques et économiques apparentes, un changement que les sciences sociales se doivent d’interroger et analyser. Après la chute du mur de Berlin, les relations soutenues de l'ancien monde soviétique avec le "tiers monde", et en particulier avec les pays d'Afrique, ont beaucoup régressé, ces derniers connaissant de nouvelles orientations et divisions politiques. Des transformations qui ont eu des effets aussi bien sur les dynamiques militantes et associatives d'Europe occidentale que sur les échanges universitaires : les étudiants de la "Nouvelle Europe" (ex-socialiste) sont devenus beaucoup plus nombreux à l’ouest, contrairement à ceux des pays africains, dont le nombre a fortement diminué.

L’observation et la mesure des effets induits dans les champs politique et scientifique par ces transformations – entre l’Europe occidentale et l’Afrique d’un côté, l’Europe de l’est et l’Afrique de l’autre, et enfin dans la nouvelle configuration européenne -, méritent que des enquêtes approfondies soient menées, dont on pourra esquisser les grandes lignes. Quelques événements marquants indiquent la période historique qui nous paraît devoir être au centre des recherches présentées dans le cadre de cette journée d’étude. La crise pétrolière du milieu des années 1970, les premiers Plans d’ajustement structurel (PAS) en Afrique, la chute du mur de Berlin et les attentats du 11 septembre 2001 scandent en effet l’histoire des relations internationales et nous semblent conférer aux trente cinq dernières années des caractéristiques particulières qu’on ne peut dissocier de l’évolution récente des relations entre les sciences sociales et la sphère politique. Pour autant, cela ne contraint pas les auteurs de communications à limiter l’horizon temporel de leurs analyses à cette période historique.

Des objets de recherche ont vu le jour, et ont été différemment développés selon les régions, en lien avec ces transformations sociétales et l’évolution des politiques internationales, redistribuant les registres d’excellence. Par exemple, on a substitué peu à peu à la notion de développement, celle de mondialisation dans les cursus universitaires prestigieux, et on a valorisé les sciences politiques, les études de gestion, de commerce ou de finance, au détriment des sciences sociales classiques. Quels sont les dispositifs (masters, formations doctorales…) et les politiques d’évaluation (de la production scientifique, des carrières professionnelles) qui ont le plus contribué à la transformation des classements des disciplines en sciences sociales, quelle place revient aux recherches interdisciplinaires, aux décideurs et aux commanditaires dans l’émergence d’un "espace européen de la recherche" (European Research Area) et dans la définition de nouvelles normes des échanges internationaux ?

Ces différentes transformations peuvent se lire notamment à travers la présence et l’action de grands organismes internationaux (ONU, BM, UE, ONGs, etc.). Les lexiques et paradigmes qui articulent programmes et conventions, deviennent autant de notions qui migrent vers le champ des sciences sociales, d’autant plus rapidement que les chercheurs et les universitaires sont amenés à assurer des fonctions d’experts auprès de ces organismes. C’est le cas par exemple dans le champ de la finance où les interactions entre le monde de la recherche et les banquiers sont aujourd’hui très étroites (Fondation Axa).


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