du 05 au 06 janvier 2010

Un monde en mouvement. Enjeux politiques et migrations

Le 2e colloque des instituts français de recherche à l'étranger (IFRE), sous tutelle du ministère des Affaires étrangères et européennes, porte cette année sur les migrations.

Après un premier colloque fin 2007 (Présence du passé. Mémoires et sociétés du monde contemporain), les instituts français de recherche à l'étranger (IFRE) organise, avec l'aide de la Fondation MSH, leur 2e colloque sur le thème des migrations.

Alors que les chercheurs ont travaillé pendant longtemps sur les effets des migrations dans les pays de réception, plus personne ne doute de l’importance des approches étudiant les raisons fondamentales qui fondent le choix de la migration. Ceci entraîne que les migrations doivent être abordées sous différents points de vue. Si les principaux flux migratoires se comprennent aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation, tout ne doit sans doute pas être interprété sous ce seul filtre parfois simplificateur. Ce sont donc des logiques diverses qui sont à l’œuvre, que la diversité des pays étudiés par le réseau des IFRE devrait permettre d’éclairer.

Dans les pays d’arrivée, les autorités se préoccupent de mettre en place des politiques de maîtrise des flux migratoires alors même qu’elles reconnaissent qu’elles ont à subir des dynamiques démographiques plutôt négatives s’opposant fortement à celles des pays de départ. On sait fort bien par exemple qu’en Europe, l’indice synthétique de fécondité plafonne à 1,4 enfant par femme (et 1,8 en France) alors que dans le même temps, et depuis 2002, la part de la population de plus de quinze ans approche les 41% dans certains pays américains, en Inde ou quelques pays du Moyen-Orient, et dépasse les 50% dans plusieurs pays de l’Afrique sub-saharienne. Le croisement de ces flux inverses constitue probablement l’une des causes principales des migrations en termes de contraintes socio-économiques. Il demeure qu’il n’est pas le seul élément incitatif, et que les conséquences directes de cet état de fait deviennent souvent des facteurs aggravants. C’est ainsi que  la pression démographique, combinée à l’inadéquation des modes de transmission de la tenure foncière, peuvent entraîner le départ des jeunes et finir par favoriser la recomposition des territoires et de leurs usages.

Ce processus évident de mutation environnementale par simple pression interne comporte des risques que les conditions du marché imposées par l’extérieur compliquent souvent : c’est le cas par exemple lorsque les légitimations sociales avancées par la mise en place de réformes agraires se voient annihilées par une logique étatique visant à obtenir davantage de subsides par le développement des monocultures d’exportation au détriment d’une adaptation des cultures vivrières. Au bout de la chaîne « dynamiques démographiques et migrations », les pays d’origine restent trop souvent dépendants des mécanismes productivistes plutôt qu’à un intérêt pour une agriculture raisonnée susceptible de maintenir sur place des populations plus nombreuses. L’accroissement tendanciel de la pression foncière dans les campagnes et le basculement historique, notamment dans les pays du Sud, d’une agriculture vivrière à une agriculture commerciale ne représentent néanmoins qu’un élément parmi d’autres dans des économies politiques qui restent marquées par de fort contrastes nationaux et régionaux. Les différents niveaux d’industrialisation, d’urbanisation, de scolarisation, ou les conflits nationaux ou régionaux modifient également les flux migratoires et les plus anciennes circulations commerciales régionales.
 
Ces migrations internationales ne sont donc pas toutes réductibles à un modèle où les migrants quitteraient les pays pauvres ou les pays "intermédiaires" pour venir dans les pays industrialisés selon les exemples classiques Afrique occidentale-Europe, Turquie-Allemagne, Mexique-Etats-Unis. Les recherches sur les communautés étrangères et de migrants dans les pays du Nord sont certainement plus nombreuses du fait de la demande politique et sociale au Nord. Mais un grand nombre de recherches sont également entreprises au sein du réseau des IFRE en Afrique, en Amérique latine et en Asie et témoignent de mouvements de grande ampleur, jouant des différences de statut économiques et politiques entre pays.
Que ce soit pour des raisons de proximité géographique, de position de passage obligé, ou de développement économique contrasté dans une même zone géographique, on observe désormais que certains pays d’émigration sont susceptibles de se transformer en terre d’immigration, ce qui, là encore, influe sur les équilibres démographiques, les possibilités d’intégration, les revendications identitaires et la définition du concept de frontière.

On sait aussi qu’un certain nombre de migrations doivent plus aux aléas politiques ou géopolitiques qu’aux seules dynamiques purement démographiques. Aux migrations de travail, officielles ou clandestines, à la circulation transcontinentale de certaines élites, à la constitution de diasporas plus ou moins solidement établies s’ajoutent aussi, dans certains cas, des flux de réfugiés, parfois confinés dans un pays en crise, mais cherchant souvent un refuge aléatoire à l’étranger. La pression migratoire sur certains pays du Sud est ainsi aujourd’hui certainement aussi forte que sur les pays du Nord. Les dispositifs migratoires des Etats, la multiplication des revendications d’autochtonie et dans certains cas des violences xénophobes affectent enfin les parcours migratoires et les possibilités d’insertion dans les pays d’accueil des migrants internationaux.

Reste à savoir aussi comment l’évolution de la planète induira ce qu’on appelle déjà des "réfugiés climatiques".

C’est une grande chance pour le réseau des IFRE que de se répartir entre les pays de départ et ceux d’arrivée, de pouvoir partager ses recherches avec des partenaires locaux, sous forme de travaux en commun ou de collaborations entre équipes. Les instituts sont ainsi en mesure d’observer des modalités de flux humains et financiers, de transferts de tous ordres qui vont jusqu’à l’utilisation des techniques de communication modernes. L’usage des TIC est en effet une donnée majeure des migrations modernes. Il remet partiellement en cause ce que l’on qualifiait de « gap générationnel » et il modifie les effets de rupture puisqu’il autorise le maintien du contact par delà la seule préoccupation du transfert financier. Ce non-éloignement radical et le poids culturel des jeunes générations n’agissent pas seulement sur les structures socio-culturelles de base et la préservation des systèmes identitaires, ils entraînent des réactions contrastées vis à vis des communautés réceptrices, en reposant le problème du besoin d’intégration systématique pour certaines générations.

Tendance à la migration, modification environnementale, capacité d’adaptation, volonté d’acceptation de cultures, individus et produits exogènes, sont des caractéristiques que toutes les disciplines des SHS sont amenées à étudier dans les pays où elles sont accueillies. La permanence sur place des instituts correspond à l’une des conditions fondamentales pour une expertise unique face à un nombre de questions fondamentales pour la recherche, et elle doit permettre à terme d’exprimer une pensée originale face aux problématiques multiples qui risquent de venir s’ajouter aux causes profondes de la crise actuelle.

La Fondation MSH dirige la cellule de valorisation des travaux des instituts français de recherche à l'étranger, qui sont sous tutelle du ministère des Affaires étrangères et européennes.


Détails

Localisation : Musée du quai Branly, 37 quai Branly, 75007 Paris
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Colloque