06 novembre 2009

Les deux livres de l’ethnographe. Anthropologie et littérature en France au XXe siècle

La Maison Suger vous invite à cette première séance du séminaire de recherche de Vincent Debaene, professeur à Columbia University, chercheur invité à l'IEA-Paris.

Ce séminaire voudrait interroger les rapports entre anthropologie et littérature en France entre 1925 et 1970 à partir d’un constat bibliographique étonnant : presque tous les ethnographes français de la "première génération", celle qui fut formée par Marcel Mauss à l’Institut d’ethnologie entre 1925 et 1939, sont revenus de leur "terrain" avec non pas un mais deux livres. En plus d’un travail savant – souvent, il s’agit de leur thèse – consacré à tel ou tel aspect de la société auprès de laquelle ils ont séjourné, ils donnent également à leur retour un ouvrage plus "littéraire", en tout cas qui ne respecte pas la forme canonique de la monographie ethnographique et qui est publié non plus dans une revue ou une collection spécialisée, mais chez un éditeur généraliste : Gallimard, Plon ou Grasset. On pense bien sûr à Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss (qui s’ajoute à sa thèse sur la vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara) ou à L’Afrique fantôme de Michel Leiris (qui précède ses travaux sur la possession chez les Ethiopiens de Gondar), mais il en est de nombreux autres exemples : Marcel Griaule de retour de sa première mission en Ethiopie écrit Les Flambeurs d’hommes après ses travaux sur les "jeux abyssins" ; Maurice Leenhardt et Alfred Métraux donnent à Gallimard respectivement Gens de la Grande Terre et L’Île de Pâques en supplément aux Documents néo-calédoniens et à Ethnology of Easter Island ; et on retrouve le même schéma chez d’autres ethnographes de la même génération.

La question centrale de ce séminaire sera donc

pourquoi un deuxième livre ? Quelle est sa fonction ? Quels rapports entretient-il avec les travaux savants écrits en parallèle ? Et que ce livre nous dit-il à la fois de l’ethnologie de la période et du rôle assigné à la "littérature" ?

Cette recherche voudrait se démarquer de deux approches souvent adoptées en ces matières : la première qui considère ethnologie et littérature comme des entités données dont on observe ensuite les chevauchements ou les croisements ; la seconde qui – comme c’est l’usage aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années – s’interroge sur la "poétique" des textes anthropologiques et questionne, dans une perspective plus ou moins critique, les "tropes" et les modes d’écriture de l’ethnographie. En partant d’un phénomène aussi isolé et identifiable que ces "doubles livres" des ethnologues français et en les rapportant à la configuration épistémologique du moment, on voudrait éviter l’écueil qui consiste à s’interroger sur les relations entre littérature et anthropologie en général. Et ce sera aussi l’occasion de mieux cerner la singularité d’une tradition ethnologique française dont les modèles épistémologiques et historiques les plus courants aujourd’hui ne permettent pas de rendre compte.

Ce séminaire est ouvert à tous les chercheurs, doctorants ou post-doctorants qui souhaitent y participer. Chaque séance sera constituée d’une présentation du travail en cours, suivie d’une discussion avec un répondant.


Détails

Lieu : La maison Suger
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