Pourquoi et jusqu’où la fuite en avant des agricultures sud-est asiatiques ?

Les recherches sur lesquelles cet article est fondé ont été réalisées dans le cadre du projet intitulé Challenges of the Agrarian Transition in Southeast Asia (CHATSEA). Mené de 2004 à 2010, celui-ci a été appuyé financièrement par le Conseil des recherches en sciences humaines du Canada, dans le cadre de son programme des Grands travaux de recherche concertée. Les auteurs tiennent à remercier le Conseil tout comme la Maison Suger (Fondation Maison des sciences de l’homme) à Paris, ainsi que, parmi les nombreux participants à ceprojet, Jean-Philippe Leblond, Pham Thanh Hai et Marc Girard.

Ce texte a été soumis en juin 2012 pour publication à la revue L’Espace géographique.

Depuis les années 1960, les agricultures de la majorité des pays qui composent le Sud-Est asiatique connaissent une très forte croissance. Alimentée essentiellement par une relation dynamique entre intensification et expansion territoriale, la forte hausse concerne la quasi-totalité des productions, qu’elles soient vivrières, riz en tête, ou commerciales, huile de palme, caoutchouc et café compris. Les succès rencontrés par l’ensemble du secteur agricole sont en bonne partie attribuables aux politiques des États concernés, qui, tour à tour, depuis un demi-siècle, l’ont favorisé en incitant d’un côté les agriculteurs à l’adoption des nouvelles technologies, celles de la Révolution verte, et de l’autre en investissant massivement dans la colonisation agricole des marges territoriales. Depuis quelques années, cette fuite en avant a atteint le domaine maritime, avec le développement rapide des productions halieutiques, dont celles issues de l’aquaculture marine. Il en résulte, premièrement, une détérioration environnementale accélérée, affectant tout particulièrement le patrimoine forestier, forêt de mangrove comprise, ainsi que les mers de la région. Deuxièmement, bien que l’expansion territoriale de l’agriculture vivrière ait jusqu’à récemment tenu tête à celle des cultures d’exportation, depuis peu ces dernières progressent nettement plus rapidement. Ce conditionnement au marché mondial s’accompagne d’un accroissement du rôle des multinationales de l’agriculture qui tendent à remplacer les États comme gestionnaires du domaine agricole, y compris les fronts pionniers.

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